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Sciences
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Utérus Artificiel

Aux États-Unis, un établissement médical peu scrupuleux sacrifierait des fœtus pour faire avancer la science... Horreur, manipulation ou canular ?

Faux Faux
01/02/2012 Par hoaxbuster
Pertinence
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Une vidéo circulant actuellement sur internet offre le témoignage de femmes affirmant avoir été victimes d'essais cliniques illégaux lorsqu'elles étaient enceintes. Contactées lors de leur grossesse difficile et ciblées pour avoir déjà fait plusieurs fausses couches, un institut américain aurait promis de leur faire enfin connaître les joies de la maternité.

 

A environ 5 mois, prétextant un risque important, on leur aurait proposé une césarienne pour placer le fœtus en "couveuse" dernière génération, en fait : un utérus artificiel !

Placement qui se serait avéré fatal à leur enfant car la technologie serait encore loin d'être au point.

 

 

D'un côté : nos préjugés

 

Ce témoignage pourrait conforter certaines personnes dans leurs idées reçues.  En effet, il n'est pas rare d'entendre des propos très caricaturaux sur la première puissance mondiale, comme le fait que les américains n'ont aucune déontologie, qu'ils sont arrogants, cupides et ne connaissent rien à la géographie.

Comment pourrait-on faire confiance à de tous puissants laboratoires et lobbies pharmaceutiques au pays du Dieu Pognon ? Les cliniques y sont remplies de docteurs Frankenstein déshumanisés, sans éthique et qui sont objectivés par des financiers en cheville avec les plus hautes instances de l'Etat...

Alors dans ces conditions, oui, pourquoi ne feraient-ils pas des expériences sur de pauvres femmes en détresse ? Il suffirait juste de s'assurer qu'elles n'aient aucun recours possible ; elles pourraient donc, par exemple, être issues d'un pays sous-développé... comme la France ou le Canada (sic!).

 

De l'autre, les avancées de la Science

 

Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley est-il pour demain ?

C'est ce qui semble se profiler en matière d'ectogénèse, la probable prochaine grande avancée médicale en matière d'aide à la procréation. Cette méthode permettrait la croissance d'un fœtus hors du corps de la femme, à l'aide d'un "utérus artificiel".

 

Aujourd'hui, entre la fécondation in vitro (2 à 6 jours de culture avant insémination) et un grand prématuré (considéré comme viable à 24 semaines), le temps de gestation peut théoriquement être ramené à 23 semaines, la norme étant de 39 pour un accouchement à terme. Et ce chiffre est en constante baisse...

 

Développer un embryon hors du corps féminin suscite un grand intérêt :

  • que l'on soit pour comme les femmes sujettes aux fausses couches à répétition, les personnes souhaitant obtenir un enfant "sur commande" ou les féministes d'une branche radicale qui voient dans ce procédé la fin de l'inégalité majeure entre hommes et femmes ;
  • ou que l'on soit contre comme certains mouvements religieux ou certaines personnes craignant que la méthode amène inévitablement à des dérives éthiques.

 

Un français, Henri Atlan, professeur de biophysique, écrivain et philosophe, a publié en 2005 un livre intitulé "U.A. L'Utérus artificiel" aux éditions Seuil. Sa vision est partagée dans l'excellent documentaire de Marie Mandy "L'utérus artificiel, le ventre de personne (2010)" qui fait le point sur l'avancée de la Science dans ce domaine et détaille les expériences - partiellement fructueuses - déjà réalisées sur une souris et une chèvre.

 

Selon Atlan, l'U.A. pourrait devenir réalité dans 50 à 100 ans...

 

 

Concilier éthique et progrès médical dans ce domaine...

 

Il convient d'être prudent pour légiférer de manière raisonnée dans ce domaine de recherche. Aussi les politiques agissent-ils en fonction de leurs convictions ou de leurs croyances pour favoriser ou non les expériences en la matière, tout en gardant à l'esprit les enjeux économiques qui peuvent être considérables.

 

En France, les lois bioéthiques de 1994 interdisent la recherche sur les embryons humains et leurs cellules souches même si l'on peut noter que depuis 2004, 57 dérogations ont été attribuées à des projets "susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs".

En juin 2007, George W. Bush oppose pour la 3ème fois en 2 mandats son véto à une loi visant à élargir les recherches sur les cellules souches. Il est guidé par ses conceptions religieuses et sa décision est prise à l'encontre de l'avis de la population américaine.

 

En mars 2009, Barack Obama lève les restrictions de son prédécesseur "invoquant l'espoir que cette recherche aide à soigner certaines des maladies les plus graves".

Une grande nation comme les États-Unis pouvait-elle se permettre de se faire distancer dans un secteur potentiellement aussi porteur ?

 

La vidéo : des témoignages, oui ! Mais où sont les preuves ?

 

Maintenant que le principe de l'ectogénèse et les progrès de la Science dans ce domaine n'ont plus de secret pour nous, revenons-en à la vidéo originale afin de la décortiquer et remonter chacune des pistes.

Il faut bien avouer que si l'on y prend pas garde, les témoignages peuvent paraître convaincants. Cependant justifier une allégation extraordinaire nécessite une preuve plus qu'ordinaire. De même qu'un témoignage n'est pas une preuve !

Alors si des progrès médicaux considérables ont eu lieu récemment dans ce domaine, il faudra plus qu'une vidéo de 10 mn sur Youtube pour le prouver...

 

Les premiers éléments laissent quand même penser que l'histoire est bidonnée :

  • Difficulté pour obtenir des documents factuels : on pourrait envisager que leur dossier médical ne leur ait pas été restitué mais les témoins ont parlé de décharges et de certificats de décès.
  • Impossible d'obtenir le nom de l'hôpital ou de la clinique à Chicago.
  • Aucune des victimes ne semble vouloir intenter une action en Justice.
  • La page de l'institut John-Simon est toute récente (2012) et orpheline (sans résultat sur Google).
  • La réalisatrice a fait ses études à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, comme un témoin !

 

D'autres nous font douter de nos propres doutes :

  • L'apparente conviction de la réalisatrice ayant filmé les confessions et dont la persuasion alliée à ses talents scénaristiques arrive à nous maintenir en haleine en nous promettant les preuves demandées.
  • Chacune des femmes témoignant semble réellement exister - même si deux d'entre elles ont utilisé un pseudonyme - et leur identité a pu être recoupée.
  • Sans compter la fameuse vidéo de l'utérus artificiel que nous n'arrivons pas à expliquer :

 

 

Ce qui nous a définitivement fait basculer côté canular :

  • Le certificat de décès reçu est un faux patent, récupéré sur internet et corrigé au typex !
  • La décharge est au nom de l'institut John Smith au lieu de John-Simon.
  • Le vrai nom du témoin sur la décharge nous permet de la relier à la réalisatrice par le lieu de travail.
  • Le titre du site de l'institut John-Simon contient une faute d'orthographe grossière... et francophone ! En anglais, médecine s'écrit "MEDICINE".

 

 

GAME OVAIRE !

 

Un hoax, mais par qui et pourquoi ?

 

Confrontée à ses contradictions, la réalisatrice, amère mais enfin sincère, n'a eu d'autre choix que de s'avouer vaincue. Mais là encore, la manière fut inattendue : un texto indiquant que son "patron" allait prendre contact avec nous !

 

Dans la minute qui suivait, quelle ne fut pas notre surprise de recevoir l'email suivant :

 

"Je tiens à vous féliciter personnellement pour votre analyse de mon hoax à propos de l'utérus artificiel. Votre analyse fut remarquable. Vous avez posé toutes les bonnes questions au bon moment.

 

Il s'agissait pour moi de tenter une expérience grandeur nature de croyance sociale. Un jour ou l'autre quelqu'un s'y intéresserait sérieusement et d'un point de vue pédagogique, il y aurait des leçons à en tirer.

 

Il se fait que par hasard, c'est vous qui avez mordu à l'hameçon et réalisé le meilleur travail possible.

 

Honneur à vous et à Hoaxbuster.

 

Décidément, la Raison guide vos pas.

Lazarus"

 

Le sceptique masqué ! Mais c'est bien sûr...

 

Gare à la récupération politique !

 

Le risque quand on fait polémique en diffusant sur internet, c'est que n'importe qui peut se servir de votre travail à des fins propagandistes.

 

L'équipe du producteur de Lazarus, menée par Patric Jean (l'auteur du documentaire La Domination Masculine), défend des valeurs pro-féministes. Gageons qu'ils n'ont pas du apprécier la récupération qui a été faite de leur canular :

 

 

Mais la bonne nouvelle dans toute cette histoire, n'est-ce pas qu'aucun média à sensation n'aie plongé tête baissé ?

 

A la vue de la grille des programmes actuellement sur la TNT et après avoir compté le nombre de fois qu'apparaissent les mots "mystères", "phénomènes inexplicables" ou "faut-il y croire ?", qui donc aurait tenu le pari ?

 

Sources :

 

Remerciements à toute la HoaxTeam pour son implication.

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hoaxbuster
Rédacteur Hoax
mots-clés : Sciences - Témoignage
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