Interviews

Onglets principaux

Dominique Raffeneau
Être sélectionneur d'une équipe de France en ce moment... Quelle drôle d'idée. C'est pourtant la voie (bénévole) qu'ont choisie Dominique Raffeneau et Bertrand Boullenger, son adjoint.

Vous aimez HoaxBuster ? Adoptez-le pour 1 euro !

 

HoaxBuster : Dominique Raffeneau, en tant que sélectionneur de l'Equipe de France de volley sourd, que penses-tu du partenariat entre l'équipe et HoaxBuster.com ?

 

Dominique Raffeneau : J'en suis très heureux et j'espère que cela apportera a chacun ce que nous souhaitons.

 

HB : Qu'en attends-tu en particulier ?

 

DR : J'en attends une plus grande visibilité, afin que notre équipe soit plus connue et plus reconnue. Que l'équipe puisse alors jouer devant un nombre de spectateurs croissant. Qu'une equipe de France handisport (nous faisons partie integrante de la FFH aujourd'hui) soit appréciée à sa juste valeur. Nous n'attendons pas une notoriété identique à celle de l'equipe de france de Hand-ball ou de Football, mais une notoriété plus importante que celle que nous pouvons avoir aujourd'hui. Cela aurait un impact important dans l'organisation de nos stages, ou dans la recherche de partenaires financiers lors de nos manifestations sportives.
De plus, avec la boutique et les quelques bénéfices que cela pourra nous amener, nous espérons pouvoir nous équiper à moindre coût avec une ligne de vetement qui nous est propre.

 

HB : Du point de vue des joueurs, bénéficier d'un partenaire comme HoaxBuster.com a t-il un impact quelconque ? Connaissaient-ils le site avant le partenariat ?

 

DR : La plupart des joueurs connaissaient dejà le site et ont été surpris de ce partenariat. Avoir un partenaire connu, cela peut apparaître comme une premiere reconnaissance de ce que nous sommes. Cela va dans le sens de notre travail depuis dejà 3 ans. Se faire connaitre pour pouvoir être plus épaulés lors de nos stages.

 

HB : Internet est-il un support de communication privilégié pour l'équipe de France ?

 

DR : Internet est effectivement un support privilégié dans notre communication. En interne comme en externe. Pour tous les sourds, internet a été une révolution. Auparavant, il n'y avait que le minitel. Aujourd'hui, entre MSN, facebook ou les mails, la communication n'en est que facilité. La communauté sourde qui a toujours été très liée peut se retrouver, se rassembler et se transmettre des infos aisément. Les webcams ont permis de franchir une autre étape. Celle de la communication directe dans la langue souhaitée (pour les adeptes de la langue des signes).

 

HB : Est-ce important pour l'équipe de France d'avoir une visibilité auprès des entendants ?

 

DR : Très important car il existe un championnat de France sourds, un championnat d'europe et du monde ainsi que des jeux (les deaflympics). Mais tous ces sportifs sourds ne sont pas obligés de ne jouer qu'entre eux. La plupart sont dans des clubs entendants, afilliés à la FFVB et non pas à la FFH.

Les sourds sont des sportifs particuliers à la FFH. Ils peuvent participer aux jeux olympiques modernes et être médaillé aux Jeux Olympiques que l'on connait comme le fut Terence Michael Parkin, un nageur sourd sud-africain qui a été sacré vice-champion olympique à sydney au 200 m Brasse.

Beaucoup de sourds ne sont donc pas licencié à la FFH, mais à la FFVB. ils ne participent pas aux compétitions sourdes. Ma grande difficulté est alors de les connaitre et de les repéré. Il est simple de connaitre tous les sourds du championnat FFH, car leurs clubs sont connus. Un sourd qui joue en championnat FFVB est très difficile à contacter. Ils ne connaissent même pas eux-mêmes l'existence d'une équipe de sourds. Les clubs non plus. Un bon joueur ne sera alors pas obligatoirement connu. Toute l'histoire de l'équipe de France est liée à ces découvertes de nouveaux joueurs. Damien Mignot, le passeur de l'équipe à découvert notre existence dans les journaux en 2008, et dernièrement, j'ai pu repérer un joueur d'1m93 (20 ans) qui jouait en régionale. Ces deux joueurs font partie de l'équipe aujourd'hui, comme d'autres qui avant eux ont découvert l'existence d'une telle équipe.

Notre but serait donc de pouvoir être contacté systématiquement par les clubs accueillant un joueur sourd, sachant qu'au niveau international, une personne est considérée sourde avec 55 Db de perte à sa meilleure oreille.

Certains joueurs sont donc surpris de pouvoir intégrer cette équipe, car ils ne se considéraient pas comme étant assez sourds. Le cas inverse existe également, j'ai été obligé de dire à des joueurs qu'ils n'étaient pas assez sourds pour le volley, alors qu'ils considéraient être trop sourds pour leur vie quotidienne.

 

HB : Quels sont pour vous les enjeux actuels ? En termes sportifs ? En termes financiers ?

 

DR : Nous devons aller en Turquie en Mai 2011 pour les prochains championnats d'Europe. Plusieurs enjeux de taille. L'équipe de France n'a plus participé à une compétition depuis 2001. Les équipes précédentes n'ont jamais réussi à se classer mieux qu'à l'avant dernière place. Nous avons l'ambition de faire mieux, beaucoup mieux, puisque nous souhaitons terminer dans le top 6 européen, synonyme de qualification directe aux prochains championnats du monde et aux Deaflympics. Pour cela, il faut finir dans les 6 premières places. En ce qui nous concerne, c'est la première fois que nous avons une équipe de France avec un potentiel qui nous permette d'avoir ces prétentions.

Nous espérons que d'ici là, les problèmes administratifs entre la France et les responsables de l'ICSD (comité international des sourds) seront réglés. En attendant, on continue notre préparation pour atteindre ces objectifs.

 

HB : Quelles sont les particularités d'un sport comme le volleyball pour les sourds et malentendants ?

 

DR : Comme dans tous sport, la communication est importante entre les joueurs. La principale difference entre le volley et les autres sports reside dans le fait que les joueurs ont toujours un oeil sur le ballon, et il est en l'air. Impossible donc de se faire des signes. Nous mettons en place des stratégies, des priorités qui ne sont pas toujours logiques afin simplement d'éviter de perdre le point. Sans ses stratégies, certaines situations nous améneraient à perdre l'échange dès que le ballon se trouve entre deux joueurs, dans une zone de conflit.

 

HB : Quels sont les critères de sélection pour qu'un joueur puisse intégrer l'équipe de France ?

 

DR : Au départ, il était relativement simple pour un joueur sourd de se retrouver en équipe de France. En effet, il n'y a que 200 à 250 licenciés de volley chez les sourds. Un joueur de niveau départemental pouvait facilement croire en ses chances. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas. Chaque joueur a été poussé vers un club FFVB. Nous avons en plus découvert des sourds "isolés" dans des clubs entendant. Les joueurs de niveau départemental aujourd'hui n'ont aucune chance d'être sélectionnés. Le niveau du groupe a réellement augmenté... ainsi que la moyenne de taille des joueurs. Aujourd'hui, sur un groupe de 12 joueurs (sans les libéros), 8 font plus 1m90.

 

HB : Si un génie te proposait de réaliser trois voeux pour l'équipe de France, lesquels ferais-tu ?

 

DR : Je ferais comme premier voeu de jouer une demi-finale aux prochains championnats d'Europe.
Le second serait que l'équipe soit suffisamment connue par tous les joueurs de volley pour être contacté dès qu'un joueur sourd arrive dans un club.
Le 3ème serait de ne plus avoir d'inquiétudes financières pour organiser nos regroupements, nos stages.

Cela me semble raisonnable, non ? Mais... est-ce que je peux en faire un 4ème plus personnel?

 

HB : Oui, tu peux... et du coup, y a t-il quelque chose que tu voudrais rajouter à cette interview ?

 

DR :  Non, rien de particulier si ce n'est de dire que cette équipe me fait pour le moment vivre des instants extraordinaires et que jusqu'à présent, nous avons toujours été accueillis avec enthousiasme par tous les clubs qui nous ont aidé. Ce ne sont d'ailleurs pas toujours de gros clubs, mais des clubs comme Générac (du coté de Nimes), de Orsay (région parisienne), de Sevres-anxaumont (du coté de Poitiers), d'Amiens sont des clubs pour qui notre venue à compté. Accueillir une équipe de France Handisport était presque une chance inespéré pour ces petits clubs, et les instants passés avec tout ces joueurs et dirigeants restent de très bons souvenirs.  Une pensée toute particulière à Générac. Ce club a été très ému de notre venue. Jamais on n'aurait imaginé pouvoir émouvoir autant de si grands gaillards du Sud de la France.

Interview réalisée par

Guillaume - HoaxBuster.com

Vous aimez HoaxBuster ? Adoptez-le pour 1 euro !

Propos recuelli le

21 Juin 2010