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Blog d’un condamné : le rêve d’un malade imaginaire
Date de parution: 
28 Juillet 2013
Rue89 promotion hoaxbuster.com

Entre Rue89 et Hoaxbuster, c'est une vieille histoire...

La rédaction du cyber-journal mise en priorité sur une information fiable, donc sur le « fact checking ».

Comme beaucoup d'autres médias, les journalistes de Rue89 piochent régulièrement les dernières cyber-infos sur notre site et nos forums...

A la différence des autres, les journalistes de Rue89 nous citent régulièrement.

Le 27 juillet 2013, Elsa Ferreira citait Hoaxbuster.com dans son enquête sur le blog Tumblr « un condamné ».

 

C’était une expérience littéraire : l’adaptation de Victor Hugo à l’ère des blogs. Une entreprise maladroite, ou calculée. Difficile de savoir.

Lionel Dricot, au téléphone avec Rue89, prétend que son Blog d’un condamné est parti d’un rêve :

 

    « J’ai rêvé qu’il me restait trente jours à vivre. Mon cerveau a dû être influencé, j’ai récemment entendu parler de deux ou trois cas similaires dans mon entourage qui m’ont beaucoup marqué. »

 

Ce rêve l’obsède. Que ferait-il s’il devait mourir dans trente jours ? « Moi qui aime écrire, je ferai un blog », pense-t-il. Il se lance et crée début juin un Tumblr (microblog) anonyme qu’il va nourrir un mois, à raison d’un billet par jour.

Le premier post correspond au jour où il apprend qu’il mourra dans « approximativement trente jours ». J 1 :

 

    « J’ai 58 ans, je n’en aurai jamais 59. Je mourrai en 2013. »

 

« Trop bien écrit, trop lisse et trop banal »

 

La note de blog « C’est la vie » de Lionel Dricot (Capture d’écran)

Le premier billet est dramatique, mais il n’y aura pas de pathos. Il a choisi son personnage avec attention, décrit-t-il dans un post publié mi-juillet sur son blog, où il explique sa démarche :

 

    « Ce personnage sera aisé, sera plus vieux que moi et aura des enfants indépendants. La raison est simple : je ne veux pas m’apitoyer sur une famille, sur l’injustice de la mort d’un jeune homme. Je veux tenter de percevoir les pensées d’un homme mûr qui a vécu une vie relativement heureuse, qui a accomplit ce qu’il devait faire mais qui part néanmoins trop tôt. »

 

Le journal d’un homme qui décrit ses pensées de condamné dans un monologue intérieur, l’idée n’est pas nouvelle. Lionel Dricot ne s’en cache pas. Dés le premier post, il écrit :

 

    « Le nom de ce blog est, bien entendu, inspiré du chef-d’œuvre de Victor Hugo qui marqua mon adolescence. »

 

Comme Victor Hugo en son temps – qui avait laissé le choix aux lecteurs du « Dernier jour d’un condamné » de considérer qu’il s’agissait des « dernières pensées d’un misérable » ou de l’œuvre d’« un philosophe, un poète, que sais-je ? » – Le Blog d’un condamné est publié anonymement. La démarche déclenche les passions.

 

Hoaxbuster, un site web qui cherche à identifier les hoax (ou canulars) qui circulent sur Internet, s’empare du cas. Le verdict des internautes est unanime : ce blog est un faux. Le récit de l’homme était trop littéraire, trop philosophique, trop incohérent parfois. Il n’y a pas de détails sur sa maladie, très peu sur sa vie et sa forme physique est trop bonne pour un mourant. Tout ça leur paraît peu crédible, comme le résume l’un des enquêteurs :

 

    « Il manque quelque chose de vraiment personnel. Le ton est aussi neutre que possible, les pensées du personnage sont un amas de clichés, et le fait que ce soit bien écrit... justement, c’est trop bien écrit, trop lisse et trop banal en même temps. »

 

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