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Le "fact checking", nouveauté journalistique
Date de parution: 
22 Septembre 2011
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Une rumeur courait sur la Toile cet été : la police avait désormais le droit de tirer à balles réelles sur les manifestants. La fausse information était partie du blog d'une retraitée, "Netmamou". La blogueuse avait fait une mauvaise lecture de deux décrets parus au Journal officiel du 1er juillet. "Ils pourront nous tirer comme des lapins !", s'indignait-elle.La rumeur a rapidement circulé sur Internet avant d'être rectifiée par l'avocat blogueur M Eolas, puis par un article du Monde et un autre des Inrockuptibles.

 

Hoax, fake : les mots ne manquent pas pour désigner ces fausses informations. Leur démontage est en passe de devenir un nouveau genre journalistique. Plusieurs médias en ligne ont décidé de leur consacrer une rubrique à part entière, comme Rue89, qui a créé le blog "Démonte rumeur".

 

"Le plus vieux métier"

Autre genre appelé à se développer à l'approche de l'élection présidentielle : le fact checking (vérification des faits) politique, qui consiste à contrôler l'exactitude des affirmations et promesses des hommes politiques. Libération a créé pour cela la rubrique "Désintox", Le Journal du dimanche a lancé "Le détecteur de mensonge" et Le Monde, le blog "Les décodeurs".

 

"La vérification de fausses informations est un usage ancien sur Internet, rappelle Nabil Wakim, chef adjoint du service politique du Monde. Elle a d'abord été pratiquée par les informaticiens, par exemple pour dénoncer les chaînes d'e-mails colportant des fausses rumeurs. Le site Hoaxbuster.com, créé en 2000, a été précurseur. Le phénomène nouveau, c'est que les réseaux sociaux ont démultiplié la diffusion de la rumeur."

 

Dans les rédactions, on a vu apparaître des journalistes spécialisés aux savoir-faire nouveaux. C'est le cas de Julien Pain, responsable de l'émission "Les observateurs" sur France 24. Son rôle consiste à recueillir et à authentifier les images et les témoignages amateurs que la chaîne reçoit chaque jour du monde entier.

 

"Le nombre de documents que l'on reçoit comme chaîne d'information a décuplé ces dernières années, assure-t-il. Sur la Syrie, 90 % des images sont fournies par des amateurs. Au fond, je fais le plus vieux métier du journalisme : vérifier l'information."

 

"Face à une information circulant sur le Net, le premier réflexe c'est d'identifier la source, insiste Alice Antheaume, responsable de la prospective à l'Ecole de journalisme de Sciences Po. Savoir reconnaître un faux compte Twitter, trouver qui se cache derrière le pseudonyme "loulou18", établir une traçabilité de l'information..."

 

Pour authentifier un document, l'examen du contexte joue un rôle essentiel. "Si j'ai une vidéo prétendument tournée dans un coin reculé du Mali, j'essaie de contacter quelqu'un qui habite à côté, explique M. Pain. Il me dira si les images correspondent à son environnement, si les codes vestimentaires sont ceux de la région, etc." Pour cela, France 24 s'est dotée d'une base de données de 30 000 personnes dans le monde prêtes à l'aider. Le sacro-saint recoupement des informations ne fonctionne pas toujours : "En Libye, c'est facile de trouver trois personnes qui répètent la même chose, lorsqu'il s'agit d'une légende qui circule localement, note M. Pain. Je préfère une source en qui j'ai confiance que deux que je ne connais pas."

 

Les "fact-checkers" n'hésitent pas à utiliser le travail de leurs confrères. "Il y a un phénomène cumulatif : on va s'intéresser à ce qu'ont fait les autres médias, s'appuyer sur leur travail et apporter à notre tour une information supplémentaire", déclare Camille Polloni, journaliste aux Inrockuptibles.