Hoax
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Rempli de fausses affirmations et d'exagérations des faits, le message de cette "chercheuse en labo" contribue à alimenter la psychose anti-vaccin qui sévit dans le monde francophone et chez les personnels de santé.
Sans chercher à aller dans un sens ou dans l'autre, il est intéressant d'examiner chacun des points à la lumière de faits établis et vérifiables par tous.
Tout d'abord, difficile d'affirmer que ce message en circulation provient bien d'une chercheuse en laboratoire (n'importe qui peut dire ce qu'il veut et personne n'est obligé de croire une telle déclaration sur parole). En revanche, il est assez facile d'affirmer que les laboratoires Pierre Fabre ne sont pour rien dans cette histoire. Ils ne sont d'ailleurs même pas concernés par la fabrication et/ou la commercialisation des vaccins mis en cause. A ce titre, ils ont publié un petit communiqué afin d'établir leur point de vue :
"Les laboratoires Pierre FABRE rappellent qu’ils suivent les recommandations du gouvernement français en la matière, les ont relayées auprès de leurs collaborateurs et ne peuvent d’aucune manière cautionner les propos tenus par un soit-disant collaborateur."
Tous les médecins sont contre la vaccination ?
Non, loin de là (on parle de 50%).
Les généralistes sont surtout mécontents d'être exclus du plan de vaccination, comme le rappelle Michel Chassang, président de la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) dans Le Monde :
"Il faut vacciner un maximum de gens tout de suite pour freiner la pandémie. Les médecins qui travaillent dans les centres de vaccination sont volontaires mais pas bénévoles. Chaque heure est facturée l'équivalent de 3 consultations, tarif auquel s'ajoutent les salaires des infirmières, des personnels administratifs chargés de l'accueil et de l'orientation, ainsi que les charges liées à l'utilisation des infrastructures. Combien coûtent réellement ces 'vaccinodrômes' ? Je serais curieux de le savoir"
Le vaccin est un vaccin "vivant" ?
C'est absolument faux !
Les vaccins contre la grippe (saisonnière ou H1N1) sont inactivés. Le vaccin A (H1N1) 2009 est produit soit sur des oeufs (GlaxoSmithKline, Novartis etc.) soit sur des cultures cellulaires (Baxter, Novartis). Il est en-suite inactivé (tué) pour récupérer les protéines de la surface du virus – celles contre lesquelles les défenses immunitaires doivent être dirigées [source infovac].
Si le vaccin était "vivant" (cf. vaccin contre la varicelle), il ne pourrait être administré aux personnes recevant des traitements immuno-suppresseurs (personnes greffées par exemple) ou aux femmes enceintes par exemple, or, ces personnes sont actuellement vaccinées en priorité (catégories à risque).
Le vaccin contient du mercure à fortes doses pour le booster ?
Partiellement vrai / Globalement faux.
Les vaccins contiennent effectivement du Thiomersal, composé à base de d'ethylmercure en très faible quantité (25-50 ug /dose). Ce composé permet de prévenir la contamination bactérienne des vaccins (notamment dans le cas d'utilisations d'un seul flacon pour plusieurs vaccinations) ainsi que leur stabilité. Il n'est donc pas ajouté à fortes doses et ne permet en aucun cas de "booster" le vaccin (contrairement au squalène, dont il n'est bizarrement pas fait mention dans ce hoax). A ce jour, aucun autre composant n'a montré autant d'efficacité.
Il n'est sans doute pas inutile de rappeler que de nombreux aliments consommés quotidiennement dans nos assiettes contiennent également du mercure (sous forme de methylmercure, beaucoup plus nocif que l'ethylmercure), notamment certains poissons, sans créer de polémique planétaire, ce qui, pour le coup est regrettable.
Aucun recul sur les effets secondaires et indésirables à long et moyen terme de ce produit ?
Vrai - A relativiser !
C'est le point d'interrogation concernant ces vaccins. Le site infovac précise toutefois que "les vaccins contre la grippe A(H1N1)v ont subi exactement les mêmes procédures de contrôle que ceux contre la grippe saisonnière - et ont été testés chez bien plus de personnes". En effet, contrairement à une idée reçue, les vaccins ont bien été soumis à l'ensemble des tests prévus avant mise sur le marché (et leur formule, utilisée depuis 1997 pour la vaccination de la grippe saisonnière a été injectée à 22 millions de personnes). Ces tests ayant toutefois été menés plus rapidement, les laboratoires ont jugé utile de demander une exonération de responsabilité (voir point suivant). En l'absence de recul, il est important de signaler qu'il n'est pas possible d'exclure un risque rare (1 à 10 par million) d’effets indésirables inhabituels ou graves. Ce risque est cependant beaucoup plus faible que le risque de complications de la grippe A H1N1 (2-3 pour cent).
Les labos ont signé une décharge qui les couvrent en cas de complications dues aux injections de ce vaccin ?
Vrai. A relativiser !
Le site Rue89 nous confirme qu'en effet "les laboratoires n'auraient pas à supporter la charge financière d'éventuelles condamnations". Commandés dans l'urgence, les vaccins ont été préparés dans l'urgence. L'état français acceptant cette donnée et ayant signé cet accord, il devient de son ressort d'endosser les éventuelles responsabilités (la possibilité de recours juridique en cas de complications non prévues fait d'ailleurs partie des clauses à lire et signer avant la vaccination).
Et le syndrôme de Guillain-Barré ?
En principe faux. Non prouvé ni dans un sens, ni dans l'autre.
Tout d'abord un peu d'histoire. Les symptômes du syndrome de Guillain-Barré ont été décrits pour la première fois en 1859, par Jean Landry. Et c'est en 1916 que Guillain, Barré et Strohl ont mis en évidence l'anomalie caractéristique d'une augmentation des protéines du liquide céphalo-rachidien avec numération normale des cellules chez deux soldats avec paralysie généralisée transitoire. A cette époque, on est encore loin de toute vaccination à grande echelle de la population.
Les données scientifiques établies montrent clairement que quelle que soit la situation sanitaire (vaccination ou non), il y a en moyenne 1500 cas de syndrôme de Guillain-Barré en France chaque année (soit 4 cas par jour). Lors d'une campagne de vaccination massive, il est fort probable qu'une ou plusieurs personnes soient victimes d'un SGB alors qu'elles venaient de se faire vacciner récemment. Par exemple, au moment du cas de SGB déclaré par une infirmière qui venait de se faire vacciner, il aurait été judicieux que les médias parlent également des autres cas de SGB déclarés le même jour (et donc, non vaccinés). Mais ils ont choisi de n'exposer qu'un seul cas... et de ne pas mener d'enquête à ce sujet.
La question d'une relation vaccin / syndrome date de 1976 et remonte à une vaccination suite à l'infection de soldats américains par des virus grippaux porcins (déjà !). Suite à cette épidémie, 48 millions d'américains ont été vaccinés. Cette campagne a été accompagnée d'un système exceptionnel de vaccino-vigilance intensive, incitant les soignants et la population à signaler tous les effets néfastes possibles de cette vaccination. La campagne a été brutalement interrompue le 16 décembre 1976, en raison d’une augmentation suspecte du nombre de déclarations de SGB.
En fait, il est apparu peu après que le nombre des cas de SGB chez les vaccinés (517) correspondait à ce qui était attendu (513) compte tenu de l’incidence habituelle des SGB, hors plan de vaccination exceptionnel [source GROG].
Il n'est sans doute pas inutile de préciser que le Syndrôme de Guillain-Barré peut notamment apparaître après une infection virale respiratoire (vous avez dit, grippe A ?) ou gastrointestinale.
Une vaccination prioritaire pour les personnels de santé, les femmes enceintes et les enfants ?
Vrai ! Aucun doute possible.
Et on pourrait même rajouter d'autres catégories de personnes à risques pour qui la grippe H1N1 représente un danger encore plus grand ! Protéger au maximum les personnes à risques est même la principale raison d'un plan de vaccination contre une épidémie (sans parler d'une pandémie).
La vaccination des personnels de santé est essentiellement motivée par une protection maximale des patients, malades, consultants. Les médecins, infirmer(e)s, aide-soignant(e), puéricultrice, sage-femmes, etc... étant toutes et tous en contact quotidien et rapproché avec des personnes affaiblies, à risques, voire malades ou même non vaccinables. Il serait vraiment ballot d'attraper la grippe à l'hôpital ou chez son médecin... et d'en mourir. Bien entendu, comme pour tout autre individu, le choix de la vaccination ou non demeure personnel.
Si la question de la nécessité d'une vaccination massive reste posée, la question du message de la jeune femme des laboratoires Pierre Fabre a une réponse : il s'agit ni plus ni moins, d'un hoax.









