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Naissance du mot "délocalisation"

Type :

Propagande

En circulation depuis :

Septembre 2016

Statut :

Faux
Exit la langue française !
Ou pourquoi le "candidat du frexit" ferait bien d'ouvrir un bon dictionnaire...

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Après s'être penché sur les mensonges de François Fillon ou ceux des gars de la Marine, la rédaction d'Hoaxbuster s'intéresse, par souci d'équité, à ceux des "petits" candidats.

 

Eux aussi, en effet, pratiquent assidûment la désinformation, mais les journalistes omettent parfois de le  relever, sans doute parce qu'ils ont assez de quoi s'occuper avec les bourdes d'Emmanuel Macron...

 

C'est ce qui se passe par exemple avec un des arguments favoris de François Asselineau, distillé aussi bien à la radio que dans ses meetings.

 

Le "candidat du frexit" prétend en effet que le mot "délocalisation" serait né en 1993, l'année même de l'entrée en vigueur du traité de Maastricht.

 

Quand bien même cela serait vrai, il lui resterait encore à prouver que que cette corrélation recouvre une vraie causalité : après tout, le lever du soleil suit toujours le chant du coq, sans que cet animal  bien français y soit pour quelque chose...

 

Le problème, c'est que c'est complètement faux !

 

Si François Asselineau avait pris la peine d'ouvrir un bon dictionnaire, par exemple la version papier du Petit Robert, ou la version électronique du Trésor de la Langue Française, il se serait rendu compte qu'il prenait pas mal de liberté avec la lexicographie.

 

Le mot "délocalisation" est en effet attesté depuis 1863, soit 130 ans avant l'entrée en vigueur du traité de Maastricht, et alors que la Communauté Européenne n'était même pas une idée dans la tête de Jean Monnet...

 

Bien sûr, le "candidat du frexit" pourrait toujours prétendre que le mot n'avait pas alors son sens actuel, mais là aussi nos deux dictionnaires lui apporteraient un cinglant démenti.

 

Chacun d'eux cite en effet un exemple qui montre bien qu'en 1993 le mot "délocalisation" avait depuis longtemps reçu le sens qu'on lui connaît aujourd'hui :

 

  • La version 1993 (justement) du Petit Robert cite un article de 1988 du Nouvel Observateur, qui évoque "la délocalisation des industries vers les pays à moindres coûts de main d'oeuvre" ;

 

  • Le TLF, lui, cite carrément un texte de 1964, qui fait l'apologie de "la fécondité de la délocalisation des activités économiques"...

 

Pourtant, d'après un commentaire d'un article d'Agoravox (pas un site de références, soit dit en passant), il existerait une thèse soutenue en Sorbonne qui prétendrait la même chose que François Asselineau... Oui, mais comme l'internaute qui a rédigé ledit commentaire ne donne ni le titre ni l'auteur de la fameuse thèse, comment la retrouver ? D'ailleurs, même si elle existait, on pourrait s'interroger sur sa validité : après tout, une astrologue a bien soutenu une thèse à la Sorbonne, justement...

 

Quant à l'argument qui est caché derrière ce pataquès sur le mot "délocalisation", il n'est pas plus exact : comme l'indique par exemple un récent rapport soumis au Sénat, la première vague de délocalisations (vers l'Asie) date de 1965-1980... L'Europe n'y était pour rien.

 

La conclusion de tout ceci ? Quand on veut défendre la France, il faudrait peut-être commencer par respecter la langue française...

 

Article par

Frédéric - HoaxTeam

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Mise en ligne :

12 Avril 2017

Dernières mise à jour :

12 Avril 2017
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