Hoax

Fillette afghane violée à mort

Type :

Témoignage

En circulation depuis :

Mai 2013

Statut :

Du vrai, du faux
Âgée de 8 ans, la mariée était en rouge
Une fillette afghane de 8 ans serait morte suite au viol et aux tortures infligés par un mollah qui l'avait prise pour épouse. Entre mensonges et récupération politique, Hoaxbuster a mené l'enquête.

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Deux camps s'affrontent autour d'une histoire sordide : une jeune fille de 8 ans, mariée de force à un religieux afghan forcément bien plus âgé et qui succombera à ses blessures dès leur nuit de noces.

 

Selon tout ce que le web a d'islamophobe, cette histoire prouve par le glurge que l'Islam est une religion barbare !

 

L'histoire devient "affaire" et se retrouve brandie telle un étendard par des acteurs politiques antagonistes. Alors qu'un site francophone lui donne du crédit, un autre crie à l'élucabration et à la désinfo...

 

Où donc est la vérité ?

 

Hoaxbuster a mis les mains dans le cambouis des idées nauséabondes pour mener une investigation en terre afghane. Or, il n'est pas simple de trier le bon grain de l'ivraie, notamment en période de fortes tensions politiques suite à l'affaire Méric - la menace de suppression de l'article Wikipedia s'y référant l'illustre bien.

 

 

Le verdict de notre enquête

 

Comme souvent, la vérité est à mi-chemin : oui, un homme pervers a probablement abusé d'une fillette jusqu'à provoquer sa mort. De là à extrapoler sur son appartenance à une communauté religieuse comme catalyseur ayant permis le passage à l'acte, il y a un gouffre qui ne pourra être franchi par quiconque aura un minimum de jugeotte. Est-il utile de rappeler que chaque religion compte en son sein des courants différents qui peuvent aller de la pratique la plus modérée jusqu'à l'intégrisme ? Un mormon polygame et violeur peut-il être pris comme exemple permettant de définir le christianisme au sens large ? Un curé pédophile comme révélateur du catholicisme ?

 

Oui, le fait divers a très vraisemblablement eu lieu, mais il est instrumentalisé à des fins clairement politiques.

 

A l'origine : une source jugée fiable

 

La personne qui a la première diffusé cette histoire l'a fait sur sa page Facebook et non sur un site d'extrême-droite comme il a pu être dit.

 

Cette personne est en fait un journaliste reconnu par ses pairs : Mustafa Kazemi.

 

Voici ce qu'en dit par exemple Grégoire Lemarchand de l'Agence France-Presse (AFP), qui l'a employé en 2010-2011 : "c'est un jeune journaliste qui lorsqu'il travaillait chez nous a donné satisfaction en étant encadré par nos éditeurs et guidé par nos très strictes règles de vérification de l'info."

 

Tout ce qu'il a pu être trouvé pour contester cette réputation, c'est une page de forum et une rumeur selon laquelle l'agence Deutsche Presse-Agentur (DPA) l'aurait licencié pour tweets mensongers... Mmm, un peu léger.

 

D'après Mustafa Kazemi, le forum en question "est tenu par quelqu'un qui a un contentieux avec Michael Yon", un de ses amis, et il s'est donc retrouvé accusé (à tort, selon lui) de mensonge par contrecoup. Quant à son départ de DPA, il était dû à "des raisons familiales", le journaliste souhaitant se rapprocher de ses parents.

 

Une info néanmoins recoupée

 

Ceci dit, même les meilleurs peuvent trébucher, mais est-ce le cas ici ? Les soupçons peuvent être légitimes si l'on considère le côté indirect du témoignage, ainsi que sa prétendue unicité.

   Les Romains disaient jadis : "testis unus, testis nullus"

   (= un seul témoin ne vaut rien !)

 

Sauf que Mustafa Kazemi, comme tout bon journaliste qui se respecte, doit aussi protéger ses sources et Hoaxbuster, à qui il a accepté d'en dire plus, ne peut que le suivre sur ce terrain.

 

Tout ce qu'il est possible de préciser sans mettre personne en danger, c'est :

   1) que la source principale de Mustafa Kazemi est quelqu'un avec qui il a l'habitude de travailler et qui ne l'a jamais induit en erreur ;

   2) qu'il a pu vérifier les faits auprès d'autres personnes et ainsi recouper l'information. Sans cela, il n'aurait jamais publié l'histoire. Chose qu'il a été obligé de faire dans d'autres cas par le passé, nous rapporte-t-il.

 

Qui sont les protagonistes ?

 

Revenons-en aux sites internet sur lesquels les avis divergent. Quels sont-ils ?

  • Dreuz.info, un cybermag ouvertement pro-israélien et aux propos souvent ambigus que d'aucuns qualifient d'islamophobes, fait le premier une traduction francophone et "libre" de la brève journalistique sur cette petite afghane.
  • La réaction ne s'est pas faite attendre par le biais de Debunkersdehoax.org, un site anti-rumeurs qui s'est donné pour objectif de "démonter les hoax (...) que fabriquent et diffusent les partisans de l’extrême-droite pour semer la haine et gagner en influence", qui affirme que cette histoire est abusivement narrée pour nous tromper et qu'elle ne repose sur rien.

 

Le combat de ces derniers est tout à fait louable... à condition de ne pas tomber dans l'excès inverse.

 

Car la désinformation ne sert aucune cause ! Et dans le cas présent, force est de constater que des évènements comme celui-là arrivent parfois dans cette région du monde et le nier ne permettra pas de résoudre la situation.

 

Des interpolations douteuses

 

Quiconque prend la peine de lire la brève dans sa forme originelle (très différente de la version de Dreuz !) pourra constater qu'elle est écrite sur un ton modéré, quasiment sans porter de jugement si l'on excepte un passage évoquant le "comportement animal" du mollah.

 

L'adaptation française, elle, regorge de qualificatifs mélodramatiques et de détails sanglants qu'il serait faux d'imputer à Mustafa Kazemi, comme le font par erreur les Debunkers. Le journaliste ne les a jamais employés et il ne cautionne nullement la reprise de son texte par des sites islamophobes.

 

Religion vs traditions

 

Pire encore, le sens même de l'histoire a complètement changé. Mustafa Kazemi expliquait ce crime par le poids des traditions locales, en rappelant qu'il est "courant dans les zones rurales de l'Afghanistan ou les provinces/villes de troisième zone de marier des jeunes filles à des hommes âgés, et de vendre ses filles pour ses dettes ou d'autres raisons". Un phénomène qui ne se retrouve quasiment pas dans les grandes villes, qui ne sont pourtant pas moins musulmanes que les campagnes.

 

La version française de Dreuz, elle, fait de ce type de mariage une coutume religieuse (à tort), ce qui lui permet de se lancer dans une violente diatribe contre l'Islam, qu'elle émaille de faits approximatifs. Par exemple, elle mentionne sans citer aucune source le chiffre de 600 femmes condamnées en Afghanistan pour crime moral (elles seraient en fait 400). Elle prétend aussi que les législateurs ont "bloqué" une loi fixant à 16 ans l'âge légal du mariage dans le pays, alors que les débats à l'Assemblée pour l'adoption de cette loi, pourtant déjà approuvée par décret présidentiel, ont encore été ajournés dans des conditions houleuses (source : le Monde).

 

Et c'est là que les conclusions d'Hoaxbuster rejoindront celles des Debunkers : un fait divers de ce type ne saurait être interprété comme une preuve de la nocivité intrinsèque d'une religion.

 

Sinon, peu de religions passeraient le filtre...

 

Sources :

 

© Crédit photo : Steve McCurry, National Geographic (1985)

Publication revue et validée par la rédaction de Hoaxbuster

Article par

Frédéric - HoaxTeam

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Mise en ligne :

18 Juin 2013

Dernières mise à jour :

18 Juin 2013
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