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Education sexuelle France 2017

Type :

Désinformation

En circulation depuis :

Septembre 2017

Statut :

Faux
Instituteurs, tous séducteurs ?
La rentrée 2017 verra-t-elle vraiment les instituteurs français jouer les pédophiles en classe ? Ou s'agit-il d'une grosse intox de plus ?

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Coluche disait en plaisantant qu'il était contre l'éducation sexuelle à l'école, parce qu'on est dégoûté à vie de tout ce qu'on apprend en classe...

 

Comme beaucoup de ses plaisanteries, celle-ci a été reprise le plus sérieusement du monde par un collectif de "professionnels" dirigé par le docteur Maurice Berger, qui a lancé une pétition contre la soi-disant "nouvelle forme "d'éducation à la sexualité" destinée aux mineurs à partir de la maternelle sur toute la France en 2017".

 

Le problème, c'est que cette réforme n'existe tout simplement pas !

 

A l'Education Nationale, rien de nouveau...

 

Patricia Le Gall, du service Presse du Ministère, explique en effet qu'il n'y a "rien de nouveau à ce jour" en matière d'éducation sexuelle à l'école.

 

Il suffit du reste de consulter la liste des textes de référence en la matière pour constater que la plus récente circulaire consacrée entièrement à ce sujet remonte à 2003. Les autres textes n'abordent guère le sujet que par l'angle plus général de la santé.

 

C'est notamment le cas de la circulaire de rentrée 2017, qui prévoit la mise en place du Parcours Educatif de Santé, dans lequel les actions d'éducation sexuelle menées à l'école devront désormais s'insérer. Toutefois, cette nouveauté est largement cosmétique, puisqu'il s'agit de mettre en oeuvre "les priorités définies dans la circulaire n°2011-216 du 02 décembre 2011"...

 

Le rapport de 2016 du Haut Conseil à l'Egalité, qui inquiète tant le docteur Berger, n'est même pas mis en avant - et le serait-il que l'analyse serait la même, parce qu'il ne contient rien de ce que ses détracteurs y mettent, on le verra.

 

Bon, mais alors pourquoi crier au viol de l'intimité de nos chères têtes blondes par ces affreux instituteurs ?

 

Rien de nouveau non plus chez la manif pour tous !

 

La réponse à cette question est simple : pour remobiliser les troupes en vue d'une offensive généralisée contre la Procréation Médicalement Assistée pour toutes promise par Emmanuel Macron.

 

Le procédé n'est pas neuf : les fidèles lecteurs d'Hoaxbuster se souviennent certainement de la pétition lancée en 2013 contre un rapport de 2011 de l'OMS censé promouvoir la masturbation à l'école - tiens, tiens, les mêmes arguments que la pétition de 2017...

 

Les techniques sont les mêmes, les têtes ne changent pas non plus : le docteur Maurice Berger, comme on peut s'en rendre compte facilement en consultant son site personnel, donnait en 2013 des conférences pour soutenir que l'homoparentalité est dangereuse pour l'enfant, en dépit des nombreuses études scientifiques prouvant le contraire (voir par exemple cette étude de 2016, ou cette autre de 2010). Et il recevait là aussi le soutien du professeur Henri Joyeux, radié en 2016 de l'Ordre des médecins pour son opposition à la vaccination (et aux 2,5 millions de morts qu'elle permet d'éviter tous les ans).

 

Mêmes techniques, mêmes têtes, et mêmes textes, bien sûr : dans le point 2 de la pétition, le collectif appelle à la suppression de l'enseignement de la "théorie du genre" à l'école...

 

La "théorie du genre" n'existe pas...

 

Le problème, c'est que personne ne peut enseigner cette théorie, vu qu'elle n'existe tout simplement pas, comme le rappelait le Monde en 2014 et le forum d'Hoaxbuster en 2013.

 

Les opposants au mariage pour tous avaient juste besoin d'un épouvantail idéologique à qui lancer des pierres : ils l'ont donc forgé de toutes pièces à partir d'un concept bien réel, lui, celui des études de genre.

 

Comme l'explique le site internet d'un des rares centres de recherches universitaires français spécialisés dans ces questions, leurs chercheurs n'entendent pas répandre la moindre idéologie, mais tout simplement "interroger la construction, la représentation et l’inscription des identités et des différences "sexuelles" dans les sociétés, les cultures, les institutions, les discours et les textes."

 

Evidemment, cela peut bien sûr les amener à dénicher des stéréotypes de genre...

 

Mais les stéréotypes de genre, si !

 

Toute culture associe en effet au masculin et au féminin certains traits qui ne s'en déduisent pas nécessairement : si l'Occident a tendance à associer la douceur et la sensibilité à la féminité, chez la tribu Arapesh de Nouvelle-Guinée, c'est au contraire la masculinité qui est associée à la douceur, comme l'a montré l'anthropologue Margaret Mead en 1931.

 

Ces associations stéréotypées peuvent sembler anodines, mais quand elles prennent la forme d'une pression sociale exercée sur les femmes ou les hommes, elles peuvent être dévastatrices.

 

C'est justement cela qu'entendait dénoncer le rapport du HCE honni par Berger : l'Education Nationale doit-elle vraiment laisser collégiennes et lycéennes être tiraillées entre les injonctions contradictoires "sois désirable" et "sois respectable" ? Doit-elle vraiment laisser collégiens et lycéens démontrer leur hétérosexualité de la façon la plus agressive possible, et donc encourager harcèlements, viols ou grossesses non désirées ? (Une étude de 2017 a montré que le rejet de l'homosexualité par les adolescents de minorités défavorisées favorisait la survenue de grossesses non désirées.)

 

Et les inégalité sociales, tout autant !

 

De façon similaire, et pour en revenir à la pétition (points 1 et 5), l'Education Nationale doit-elle laisser l'éducation sexuelle la plus élémentaire au bon soin des parents, à charge pour eux d'acheter les livres adéquats ou de conduire leurs enfants dans une bibliothèque ?

 

En suggérant cela, le collectif dirigé par Maurice Berger exprime non seulement une orientation néo-libérale (renvoyer ces questions dans l'intimité de la famille, c'est les enlever à l'Etat-providence, voir cette étude de 2016 sur un sujet voisin), mais aussi une méconnaissance complète de la réalité socio-culturelle de la France (comme le rappelle cet article du BBF, "les milieux populaires sont généralement sous-représentés dans les bibliothèques", et les achats de livres sont à l'avenant).

 

Maurice Berger aura-t-il le cynisme de dire que les enfants n'ont qu'à se faire eux-même leur éducation sexuelle sur le net ?

 

Scientifique ou idéologique ?

 

Bon, mais alors, il faudrait que l'éducation sexuelle soit limitée à des informations purement factuelles, et encadrée par des comités indépendants, comme le réclament les points 3 et 4 de la pétition... Mais c'est déjà le cas !

 

Comme le rappelle en effet le référentiel Eduscol, le but de l'éducation sexuelle (comme de n'importe quelle autre éducation, d'ailleurs) est avant tout d'"apporter aux élèves des informations objectives et des connaissances scientifiques", mais aussi de "développer l'exercice de l'esprit critique".

 

Par ailleurs, la circulaire de rentrée 2017 prévoit justement la mise en place d'un comité académique d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CAESC) dans chaque académie, et d'un comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) dans chaque établissement - à charge pour son chef de lui trouver une composition équilibrée, comprenant des membres de la société civile : l'indépendance n'est peut-être pas totale, mais des contrepoids sont prévus.

 

Autrement dit, la pétition, quand elle dénonce le remplacement du scientifique par l'idéologique dans l'éducation sexuelle promue par l'école française, est complètement à côté de la plaque - tout simplement parce qu'elle-même n'a rien de scientifique, et tout d'idéologique...

 

 

 

 

 

 

 

 

Article par

Frédéric - HoaxTeam

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Mise en ligne :

3 Octobre 2017

Dernières mise à jour :

3 Octobre 2017
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