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Baleine Vs voilier

Type :

Témoignage

En circulation depuis :

Août 2010

Statut :

Vrai
Vilaine baleine !
Quand une baleine rencontre un voilier, le résultat peut être extraordinaire. Du coup, ça fait du bruit dans les médias. A tort et à travers, hélas...

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C'est bien connu, s'ils n'ont pas un fait divers à se mettre sous la dent, les médias s'ennuient en période estivale. En 2009, ils essayaient de nous faire peur avec les araignées. Cette année, c'est avec les baleines.

 

Tout part de six photos publiées par un site de voile néo-zélandais, illustrant la rencontre fracassante d'un voilier avec une jeune baleine franche australe.

 

 

Seules, elles pourraient éventuellement prêter à confusion, mais elles sont accompagnées du témoignage des marins, recueilli par CNN, et d'une vidéo dénichée sur YouTube par Eric Garletti de Cetace.info. Aucun problème donc a priori.

Et pourtant... Les journalistes francophones lisent-ils mal l'Anglais ? Ont-ils cherché à faire sensation ? Toujours est-il qu'ils ont commis bon nombre d'erreurs ou d'abus de langage manifestes dans leurs articles - ce qui aboutit à tellement déformer l'histoire qu'elle en devient presque douteuse.

 

Ainsi, le Figaro a écrit que la baleine "a sauté dimanche sur le bateau", Paris Match qu'elle avait "sauté sur un voilier" et RTL qu'elle a "sauté sur leur voilier". 

 

Alors même que "les photos montrent que la baleine n'est pas vraiment passée par dessus le bateau. Elle aurait probablement emmené celui-ci au fond en le "coupant" en deux", comme nous l'a fait remarquer Graeme Villeret de LesBaleines.net. Alors même qu'un des plaisanciers, Paloma Werner, a expliqué à CNN avoir "vu cette énorme baleine sortir de l'eau et heurter le bord du bateau", ce que la vidéo vient confirmer.

 

La chute du mât (qui n'était pas sur la trajectoire de la baleine, là aussi les photos sont très claires) s'explique tout simplement par le fait que le choc latéral a suffit à briser les haubans qui le retenaient. Paloma Werner précise d'ailleurs que c'est juste après que la baleine a replongé que le mât est tombé. C'est donc le mât qui a provoqué l'essentiel des dégâts sur le pont, pas la baleine...

 

L'interprétation de l'événement est également sujette à caution. Ainsi, le Figaro, la RTL ou le Parisien parlent d'"attaque", le Parisien allant jusqu'à évoquer "Les Dents de la mer". Dans le même style, 20 Minutes parle d'"abordage" et ne rougit pas de ranger la baleine parmi les squales !

 

Problème : comme nous l'a expliqué Chloé Izoard deRéseau-Cétacés, "la baleine franche [australe] n'est pas une espèce agressive, et le terme d'"attaque", utilisé par certains médias, me semble erroné." Graeme Villeretconfirme : "il existe assez peu d'exemples où des humains qui harcèlent une ou des baleines se voient attaqués en retour. Ces animaux n'ont pas, bien souvent, la même conception de la vie que nous et se protègent plus qu'ils n'attaquent. Leur taille imposante repousse en général les autres animaux. Le mythe du cachalot attaquant délibérément des humains n'est pas vraiment prouvé, il reste de la littérature." Et François Chartier, chargé de campagne océan à GreenPeace France, enfonce le clou : "l'image d'une baleine en furie toutes dents dehors qui attaque de pauvres plaisanciers relève avant tout du film style "Les Dents de la mer" version baleine".

 

Chloé Izoard précise toutefois que l'incident "n'est pas un cas isolé, bien qu'il soit peu fréquent. En 2003, une baleine à bosse (Megaptera novaengliae) atterrit sur un bateau en Australie, causant d'importants dommages, notamment au niveau du mât. D'après les experts locaux, lors de cet incident, la femelle aurait été séparée de son petit par le bateau, et l'aurait défendu. A ma connaissance, seul un incident mortel a été reporté au Japon, en 2007. Une baleine à bosse, visiblement irritée, renversa un bateau de sa queue et un des pêcheurs qui était à bord périt noyé." Et elle ajoute : "si les baleines n'avaient pas un caractère naturel si pacifique, les incidents seraient beaucoup plus fréquents, certainement plus meurtriers pour les humains comme pour les cétacés". Remarquons aussi qu'à l'heure actuelle, dans les cas de rencontres entre les deux espèces, "il y a sans comparaison possible plus de victimes du côté des cétacés", d'après François Chartier.

 

Mais alors, pourquoi la baleine a-t-elle percuté le voilier ? Tout simplement parce qu'elle est myope... comme une taupe !

 

Clémence Lerondeau de GreenPeace France explique : "une baleine a une très mauvais vision, les sons sont presque son seul moyen pour se repérer, et un voilier n'est pas particulièrement "détectable"..." Chloé Izoard confirme : "ces imposants cétacés ont une bonne perception de l'espace sous l'eau, mais réduite en plein air, surtout durant un saut, et particulièrement s'il s'agissait d'un voilier émettant peu de son en surface et que la baleine n'a pas entendu. Les baleines à fanons ne possèdent pas le "sonar" des cétacés à dents (cachalots, dauphins...) et leur vue est assez mauvaise hors de l'eau." Paloma Werner l'a d'ailleurs dit : "la baleine n'avait pas l'intention de nous attaquer, elle ne nous a pas entendus, c'est tout". Dommage que les journalistes ne l'aient pas écoutée...

 

En revanche, si la baleine n'a pas vu le voilier, les marins, eux, l'ont bien vue. Alors pourquoi sont-ils restés sur sa trajectoire, qui était très clairement lisible (voir la vidéo) ? Paloma Werner a expliqué à CNN qu'ils s'attendaient à ce que la baleine passe sous leur bateau et ressorte tranquillement de l'autre côté.

 

De l'avis de Chloé Izoard, "cet accident est le résultat d'une présence imprudente de ce bateau en pleine zone de reproduction de la baleine franche australe". Et elle ajoute : "cet incident soulève surtout la question de la gestion des bateaux sur les aires de reproduction d'espèces sensibles, et du harcèlement dont les baleines peuvent être victimes lorsqu'elles s'exposent aux embarcations en s'approchant des côtes. Une enquête a d'ailleurs été ouverte afin de déterminer si les plaisanciers respectaient les limites d'approche légales, établies à une distance de 300 mètres de distance, afin de garantir la tranquillité des cétacés." 

 

La conclusion de tout ceci ? Nous la laisserons à Chloé Izoard : "les erreurs d'interprétation du comportement des animaux sauvages dans leur milieu ou en captivité sont récurrentes, ce qui est souvent regrettable." Nous ajouterons juste que ça l'est d'autant plus quand elles se retrouvent sous la plume de personnes dont le métier est justement d'informer...

Article par

Frédéric - HoaxTeam

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Mise en ligne :

1 Octobre 2011

Dernières mise à jour :

1 Octobre 2011
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