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22 novembre : 50 ans de rumeurs
50 après l'assassinat de JFK, les rumeurs de conspiration vont toujours bon train, alors même que tous les éléments sont là pour écarter cette possibilité avec une quasi-certitude.

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Le 22 novembre 1963, le président John Fitzgerald Kennedy était assassiné à Dallas. Le choc fut tel qu'encore cinquante après seule une minorité de gens tiennent pour justes les conclusions de la commission Warren, qui imputait le meurtre au seul Lee Harvey Oswald.

 

Curieusement, journalistes, éditeurs et parfois même bibliothécaires et historiens contribuent à entretenir ce qui est sans doute la plus célèbre théorie conspirationniste de l'histoire. Ainsi, l'étude chimique de 2004 de Sturdivan et Rahn qui éliminait définitivement la possibilité d'un deuxième tireur à Dallas n'a pas eu l'écho qu'elle méritait dans la presse ; ainsi, l'ouvrage de référence d'Armand Moss sur Lee Harvey Oswald n'a pas été réédité depuis 33 ans ; quant à celui de Gerald Posner, il n'a tout simplement jamais été traduit en français...

 

Comme il y a peu de raison de penser que les choses s'amélioreront à l'occasion du cinquantenaire, il peut être bon de rappeler que, souvent, les solutions les plus simples sont les meilleures. Et que, parfois, un homme seul, si minable soit-il, peut changer le cours de l'histoire...

 

Il est bien sûr impossible, dans le cadre d'un court dossier, d'aborder tous les aspects de cet événement : n'ont donc été retenus que les éléments les plus significatifs et/ou les plus récents et/ou les plus souvent passés sous silence par les conspirationnistes.

 

UN SEUL TUEUR

 

En 2003, deux scientifiques, Sturdivan et Rahn reprennent les analyses par activation de neutrons des fragments de balles retrouvées à Dallas faites en 1964 par la commission Warren et en  1977 par la commission HSCA et démontrent, sans doute possible, qu'il n'y avait qu'un seul tueur à Dallas.

 

Un seul fusil a tiré à Dallas...

 

Plus précisément il s'agissait d'une carabine Mannlicher-Carcano, qui présente deux caractéristiques fondamentales, l'une classique, l'autre beaucoup moins :

 

* on peut prouver qu'elle a tiré telle ou telle balle (classique) ;

 

* chaque balle qu'elle tire possède une composition chimique unique (la différenciant d'une autre balle tirée par la même arme).

 

La première caractéristique permet d'établir que toutes les balles tirées ce jour-là viennent de cette fameuse carabine ; la deuxième permet notamment de valider la fameuse théorie de la "balle magique". En effet, la deuxième balle tirée par Oswald, la première à faire mouche, a frappé Kennedy puis le gouverneur Connally - un parcours quelque peu difficile à admettre pour qui n'est pas familier avec les caprices de la balistique.

 

Le scénario qui se dégage de cette analyse, couplée à celle du fameux film amateur de Zapruder (noté Z), est le suivant :

 

* la balle perdue, tirée entre les images Z150 et Z160 ;

 

* la balle magique, tirée entre Z222 et Z224 ;

 

* la balle mortelle, tirée entre Z312 et Z313.

 

Beaucoup de conspirationnistes considèrent ce triple tir comme impossible simplement parce qu'ils placent la balle perdue entre les deux autres, transformant ainsi l'assassinat en prouesse technique irréalisable dans un laps de temps si court.

 

... Et c'était Oswald qui le tenait

 

Ce point est assez facile à établir, même si certains conspirationnistes essayent de nier, contre l'évidence, que Lee Harvey Oswald ne peut pas être relié à une arme :

 

* sur laquelle il a laissé ses empreintes et des fibres de sa chemise ;

 

* qu'il a acheté par correspondance ;

 

* avec laquelle il s'est même fait photographier (ce que seul un mégalomane aurait fait, pas un tueur professionnel, soit dit en passant).

 

Ils prétendent ainsi par exemple que cette fameuse photo est un faux, parce que les ombres n'y sont pas cohérentes. Une affirmation dont Hany Farid a montré la fausseté en 2009 au moyen d'une analyse 3D.

 

Il parait donc difficile de nier qu'Oswald soit véritablement l'assassin du président Kennedy - la question est donc maintenant de savoir si quelque chose d'autre que sa personnalité torturée l'y a poussé.

 

UN TUEUR SEUL

 

Quand on se penche sur les faits et gestes de Lee Harvey Oswald, comme l'a fait Armand Moss, on se rend compte très vite qu'il n'y a pas dans sa vie la moindre trace d'un complice, et, encore mieux, qu'il n'y a pas la moindre chance qu'il y ait pu en avoir un, tant Oswald était un individu fondamentalement solitaire et déséquilibré - au point que quelqu'un qui aurait voulu assassiner Kennedy aurait eu plus vite fait d'employer un "vrai" tueur plutôt que d'essayer de manipuler un pareil individu...

 

Jack Ruby, un tueur de tueur ?

 

Il y a très peu d'éléments du dossier Kennedy qui peuvent faire penser qu'Oswald n'était pas matériellement seul. Le fait le plus souvent invoqué est sans aucun doute l'assassinat de Lee Harvey Oswald par un patron de bar, Jack Ruby. Pourtant, quoi de plus logique dans un pays où, comme le rappelle Armand Moss, "le lynchage était la loi il y a quelques générations "? Et "de toute façon, pourquoi les complices se seraient-ils sentis plus à l'aise si un exécutant de la conspiration en remplaçait un autre en prison ?"

 

Mais il y a des faits plus tangibles pour soutenir que Ruby n'était rien de plus que ce qu'il paraissait dans la vie de tous les jours (à savoir, une brute sensible) : en refaisant la chronologie de ce deuxième assassinat, Armand Moss montre qu'à quelques secondes près, Ruby aurait raté Oswald. Il aurait donc fallu un nombre bien trop important de complices et surtout une coordination virtuose entre la Poste (où Ruby s'est d'abord rendu pour envoyer un mandat) et la police pour parvenir à un pareil résultat...

 

Des témoins supprimés ?

 

Un autre des arguments favoris des conspirationnistes est la liste de morts "étranges" publiés en 1966 par une petite revue politique, "Ramparts": Tom Howard ; Bill Hunter ; Jim Koethe ; Hank Killam ; Dorothy Kilgallen ; Earlen Roberts ; William Whaley ; Lee Bowers ; Karen Carlin ; Reynolds ; Nancy Jane Mooney ; Edward Benavides et son beau-père.

 

Seul problème : comme le démontre Armand Moss, "parmi ces treize "témoins assassinés", aucun n'a été témoin de quoi que ce soit, et onze n'ont pas été assassinés". C'est ainsi que, par exemple, le seul lien que Hank Killam entretient avec l'affaire est le fait que sa femme fréquentait le bar de Jack Ruby...

 

Coup d'essai sur un militaire

 

En revanche, les conspirationnistes oublient souvent de mentionner qu'avant l'assassinat de Kennedy il y a eu la tentative d'assassinat du général Walker le 10 avril 1963. Un geste qu'Oswald a revendiqué aussi bien oralement (notamment auprès de sa femme Marina) que par écrits (retrouvés chez lui après son arrestation) et dans lequel on retrouve tout ce qui, selon Armand Moss, est derrière l'assassinat du 22 novembre : la volonté d'attirer l'attention vacillante de sa femme ; le désir d'être quelqu'un d'important.

 

Faux coco, vrai mégalo

 

Si Jack Ruby est généralement l'argument favori des "Mafia-conspirationnistes", les grands discours d'Oswald sont celui des "Cuba-conspirationnistes". Sauf qu'à les examiner de près, plutôt qu'un authentique engagement communiste, on n'y voit pas autre chose que des traits flagrants de mythomanie et de mégalomanie. Comme Armand Moss l'a montré, non seulement Oswald n'avait qu'une connaissance superficielle du marxisme, mais en plus il a constamment exagéré l'importance de son engagement. C'est particulièrement évident dans ses lettres au FPCC, une organisation pro-castriste, ou à la revue communiste "Worker", dans lesquelles il passe son temps à se donner le beau rôle.

 

C'est cette même volonté d'avoir une position en vue qui l'avait auparavant poussé à partir en URSS, puis à revenir aux USA - un aller-retour qui décevra toutes ses espérances, puisque personne ne le prendra au sérieux en tant que transfuge, d'un côté du rideau de fer comme de l'autre. Partout où il passe, son ignorance comme son asocialité le tiennent à l'écart de tous les clans qui auraient pu lui conférer la haute stature à laquelle il aspirait, et qu'il finira par se donner lui-même le 22 novembre.

 

CONCLUSION

 

Comme il arrive que les conspirationnistes tentent d'attirer de leur côté la famille Kennedy, il peut être bon de rappeler, pour conclure, ce que le propre frère de John, "Ted" Kennedy, pensait de tout ceci : "selon moi, la commission Warren ne s'était pas trompée et je m'en réjouissais. C'est le cas encore maintenant."

 

La position d'Armand Moss est un peu plus nuancée : selon lui, si la commission Warren a fait très peu d'erreurs techniques, elle est en revanche complètement passée à côté de la véritable personnalité d'Oswald, créant ainsi un climat propice au développement du mythe de la conspiration.

 

Il est peut-être difficile de croire qu'un être aussi insignifiant qu'Oswald ait pu assassiner seul Kennedy, mais ne pas le croire c'est, au fond, lui prêter plus d'importance qu'il n'en a jamais eu - et se laisser prendre à ses délires de grandeur.

 

SOURCES & COMPLEMENTS :

 

* Paul-Eric BLANRUE, "Assassinat de Kennedy : Oswald, Mafia, CIA et les autres...", dossier en ligne, 1998

 

* Hany FARID, "The Lee Harvey Oswald backyard photos : real or fake ?", "Perception", volume 38, 2009, pages 1731-1734

 

* Edward M. KENNEDY "Mémoires", éditions Albin Michel, 2010, page 260

 

* Armand MOSS, "Lee Harvey Oswald - La fausse énigme de Dallas", éditions de la Table Ronde, 1980

 

* L. M. STURDIVAN & K. A. RAHN, "Neutron activation and the JFK assassination", "Journal of Radionalytical and Nuclear Chemistry", volume 262, numéro 1, 2004, pages 205-213 (première partie) et 215-222 (deuxième partie)
 

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Dossier réalisé par

Frédéric - HoaxTeam

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Mise en ligne :

15 Novembre 2013