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11 septembre : 10 ans de rumeurs
10 ans après les attentats du 11 septembre, quelles sont les rumeurs toujours en activité ? Comment ont-elles fait caisse de résonance sur le web ? Pourquoi est-on tenté d'adhérer aux thèses conspirationnistes ? Petit guide de l'esprit critique...

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Tout d'abord, rappelons ce qu'est une théorie du complot.

 

On entend également l'expression « théorie alternative ». Dans le cadre des événements du 11 septembre 2001, il s'agit des nombreuses rumeurs allant à l'encontre de la version officielle et réfutant que les attentats soient le fruit d'attaques terroristes perpétrées par un groupe d'individus islamistes radicaux déterminés ayant eu pour conséquence le crash de 4 avions de ligne avec leurs passagers et ayant provoqué l'effondrement de 3 tours du World Trade Center (WTC) à New York et la dégradation d'une aile du Pentagone à Washington.

Ceux qui défendent les théories alternatives sur le 11 septembre sont appelés « truthers ».

 

Quelles sont les théories qui ont connu le plus de succès ?

 

- Un missile aurait frappé le Pentagone

Historiquement, la première théorie du complot à voir le jour après le 11 septembre a été celle propagée par Thierry Meyssan et le Réseau Voltaire, qui voudrait qu'aucun avion ne se soit écrasé sur le Pentagone (cf. notre dossier).

 

L'analyse scientifique : les appels passés par les victimes à leurs proches et les données récupérées sur la boite noire permettent de reconstituer chronologiquement les événements. Il y avait bien des débris devant le bâtiment et les dégâts constatés sont conformes à la connaissance que l'on a de la résistance d'un bâtiment blindé face à une telle collision. Les témoignages se recoupent et le passage où un témoin parle de « missile » est en fait un extrait d'interview sorti de son contexte de manière honteuse. L'avion volait très bas et il a percuté les lampadaires à proximité dont certains étaient distants de 25 m ; existe-t-il des missiles de cet envergure ?

 

- La thèse de la démolition contrôlée des tours

C'est LA théorie du complot qui a maintenant le plus de succès sur Internet (cf. notre article). Comment des tours aussi imposantes ont-elles pu s'écrouler à la vitesse d'une chute libre sans un mécanisme de démolition contrôlée ?

 

L'analyse scientifique : les tours ne se sont pas effondrées à la vitesse de la chute libre mais 30% plus lentement. La poussière générée n'est absolument pas la preuve de la présence d'explosifs. La chute verticale est tout simplement due à la gravité. Ce qui passe pour des explosions au fur et à mesure de l'affaissement des étages est en fait la résultante d'une compression d'air extraordinaire qui a fait voler les vitres en éclats. Et il n'a pas été trouvé de trace de TNT, de thermite ou de nanothermite (explosif à base d'aluminium et d'oxyde de fer) dans les ruines du WTC.

 

- Le mystère de la tour 7

Encore une rumeur qui a le vente en poupe : comment le WTC7, bâtiment de 186 m de haut, assez distant des WTC1 et WTC2 a-t-il pu s'effondrer alors qu'aucun avion ne l'a percuté ?

 

L'analyse scientifique : la tour, bien que distante d'une centaine de mètre des lieux de l'impact, a été heurtée par des débris du WTC1. Le feu a ravagé le bâtiment pendant 7 heures alors qu'il était conçu pour ne résister que 2 ou 3 heures à un incendie de cette importance. Avec une coupure d'eau généralisée et des pompiers alors affairés sur les lieux du WTC1 et WTC2, l'effondrement s'explique assez simplement.

 

- L'avion de Shanksville a été abattu par la défense aérienne

L'armée américaine a-t-elle pu sacrifier des concitoyens pour éviter un crash d'avion sur un point stratégique ?

 

L'analyse scientifique : comme pour l'attaque menée contre le Pentagone, la reconstitution des événements a pu être réalisée par les appels passés et les données de la boite noire. Le scénario et les témoignages ne permettent pas de déduire autre chose que la tentative de prise de contrôle de l'appareil par les passagers ce qui a forcé les terroristes à s'écraser en rase campagne.

 

- Le passeport de Satam al-Suqami

Comment a-t-on pu retrouver intact le passeport d'un des principaux acteurs des attentats ? Il aurait dû brûler dans le brasier, c'est forcément une manipulation...

 

L'analyse scientifique : « Il est probable que l'improbable se produise ! » (Henri Broch)

S'il est peu probable qu'un événement particulier se produise, en revanche, il est tout à fait probable qu'un événement quelconque se produise. Cet énoncé est une variante de la loi de Murphy.

Dans ce type d'accident, il arrive régulièrement que des objets soient éjectés au moment de l'impact. Il y avait donc une chance infime mais non négligeable que le passeport d'un terroriste évite le brasier et se retrouve intact dans les rues de New York, au pied du WTC.

 

Note : nous avions précédemment publié par erreur que le passepport retrouvé était celui de Mohammed Atta, toutes nos excuses à nos lecteurs.

 

- Ben Laden n'est pas mort

A peine est-il retrouvé qu'Oussama Ben Laden est exécuté et jeté au fond de la mer ! Mais que veut-on donc nous cacher ?

 

Notre analyse : ce dossier, bien évidemment classé secret défense, est rangé au fond des tiroirs de l'armée américaine. Cependant, il paraît peu réaliste que le chef d'Al Qaïda soit toujours en vie, il serait vraiment malvenu pour les États-Unis de le voir resurgir à nouveau. Il a donc vraisemblablement été tué par un commando américain en mai 2011. Quant à ce qu'il faut penser de son « immersion en haute mer », c'est semble-t-il à mettre dans la lignée des erreurs de communication de Washington qui ne peut raisonnablement pas dire que le corps a été conservé ou enterré dans un endroit qui deviendrait vite lieu de pèlerinage.

 

Vous souhaitez en savoir plus et connaître tous les détails des investigations scientifiques sur le sujet ? Nous vous conseillons l'excellent site de Jérôme Quirant dont nous nous sommes inspirés : bastison.net.

 

Des théories étayées dans des films crédibles...

 

Citons les deux plus connus qui sont :

 

- Loose Change, documentaire américain de 2005

L'affirmation claque comme un coup de tonnerre et l'on reste bouche bée devant la démonstration qui nous est faite... L'auteur, Dylan Avery, est un jeune homme de 22 ans qui aura déboursé moins de 2.000 dollars pour créer la controverse en signant un documentaire fait... à la maison !

 

- Zéro, documentaire italien de 2009

Un film du même acabit que Loose Change et signé par « 3 grosses pointures » selon les truthers :

  • Giulietto Chiesa, député européen
  • Dario Fo, prix Nobel... de littérature !
  • Gore Vidal, romancier, essayiste et dramaturge

 

Les pseudo-faits annoncés par les auteurs se suivent et... se ressemblent bel et bien : aucune des « preuves » apportées par le document n'a de base scientifique ou sérieuse.

La technique est la même que celle employée par Thierry Meyssan pour faire la promo de son livre « Le Pentagate » (cf. notre dossier) : le marketing viral. C'est donc en comptant sur le relais de l'information via email par les internautes eux-mêmes que les auteurs comptent se faire de la publicité !

Quelques photos minutieusement choisies pour point de départ, quelques grammes de spéculation sur un détail ou un autre et le film arrive à faire naître le doute dans l'esprit de l'internaute.

 

En fait, la vraie question qu'il faut se poser est : le complot fait-il vendre ?

 

Et là, on pourrait demander à Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code basé sur la conspiration d'organisations secrètes, qui est maintenant multimillionnaire. On peut aussi constater le nombre de grosses productions que le cinéma américain a sorti ces 20 dernières années (Ennemi d'État avec Will Smith, Complots avec Mel Gibson, Des hommes d'influence avec Dustin Hoffman et Robert De Niro pour ne citer qu'eux).

Il ne fait aucun doute que nous sommes friands de ces récits et que leurs auteurs ont fait d'énormes bénéfices.

 

Toutes les théories sur le 11 septembre sont-elles fumeuses ?

 

Quel choc ! Le 11 septembre 2001, la planète entière regarde hébétée les images qui passent en boucle à la télévision. La première puissance au monde est victime d'une attaque sur un de ses plus grands symboles : les tours jumelles du World Trade Center de Manhattan à New York.

La réaction est violente. Le traumatisme causé va engendrer plusieurs guerres. Mais pour ce faire, il faut rallier le peuple à sa cause, aussi le gouvernement américain va-t-il user de tous les moyens à sa disposition... dont la désinformation ! Notamment sur la présence d'armes de destruction massive en Irak.

Certains ont alors extrapoler en affirmant que ces guerres étaient préméditées et que les attentats du 11 septembre étaient un « boulot préparé de l'intérieur » pour servir de déclencheur. A partir de là, toutes les communications gouvernementales seront systématiquement retournées par les théoriciens du complot contre la version officielle. Ce qui est plutôt aisé quand l'autorité ne dément pas et adopte une politique minimaliste en matière de communication.

 

Le pire dans ces fausses théories, c'est qu'elles viennent parasiter la divulgation de réels dysfonctionnements et manipulations que l'administration Bush a tenté de dissimuler :

  • Les malfaçons des tours (WTC1 et WTC2) qui auraient dû résister plus longtemps,
  • Les pompiers qui n'ont pas reçu l'ordre d'évacuer les tours en raison d'incompatibilité de fréquence avec la police,
  • La pression du gouvernement sur l'EPA (agence américaine pour l'environnement) pour masquer les taux de toxicité des poussières lors de l'effondrement, ce qui a entraîné de nombreux morts.

 

En quoi Internet amplifie-t-il la rumeur ?

 

Internet est un outil formidable, virtuellement sans limite ! Et de plus en plus de monde est connecté, de tous les continents et de tous les âges. De l'amateur de gobage de flamby, en passant par le jacky qui s'ignore au fan d’œufs fossiles d'ornithorynques, tout le monde peut trouver sans peine des amis partageant ses hobbies. Fut une époque où il était plus délicat de se retrouver pour vivre une passion commune sur un sujet exotique.

Mais cette facette a un aspect pervers. Le web n'a pas de filtre magique et, tout naturellement, les travers que l'on rencontre chez l'être humain se retrouvent sur la toile : arnaques, pédophilie, contrefaçon, etc...

 

Ainsi les adeptes de thèses conspirationnistes peuvent-ils facilement échanger et faire grossir leurs rangs.

La mode des petits hommes verts étant passée de mode, les conspirationnistes les plus actifs sur Internet sont donc désormais ceux militant pour la réouverture de l'enquête sur le 11 septembre : reopen911.com. Grâce à Internet, les réseaux sociaux et la maîtrise du marketing viral, il est possible de trouver toujours plus de gens adhérant à la cause et de les manipuler...

 

Pourquoi cela nous plaît d'adhérer à ces théories...

 

Dans le cas du 11 septembre, certainement parce qu'il règne un anti-américanisme ambiant depuis la chute du bloc soviétique et que l'on craint la superpuissance, désormais plénipotentiaire. Et plus généralement parce que la réalité économique et politique du monde est si complexe que l'on ressent le besoin de la simplifier afin d'avoir l'impression de mieux la maîtriser. On aura tendance à préférer une thèse simpliste nous offrant un raccourci pour une vision qui nous satisfait à une explication rationnelle plus complexe et faisant fi de nos opinions et de nos émotions.

Alors quand nos certitudes se heurtent à la brutalité de la réalité, c'est la dissonance cognitive ! Un malaise ou « inconfort psychologique » subi par une personne lorsqu'elle constate un conflit dans son esprit en découvrant que certaines de ses croyances sont fausses. En réponse au choc causé, elle va alors tenter de réduire ce phénomène en oubliant ce qui a causé ce trouble et si ce n'est pas possible, en transformant et réinterprétant la réalité. Ce cheminement psychologique est à la base de l'essor des théories du complot.

 

Comment une superpuissance comme les États-Unis peut-elle être la victime de 19 terroristes armés de cutters ? Comment ce pays « invulnérable » a-t-il pu laisser faire cela ? Il y a forcément des complicités « intérieures »... Peut-être même que toute a été orchestré en interne !

Puis le système s'auto-alimente... Plus on adhérera à une théorie conspirationniste, plus il sera difficile de s'y soustraire, un peu à la manière d'un adepte de secte qui doit tout remettre en question dans sa vie s'il souhaite retrouver sa liberté.

 

En discutant avec un conspirationniste, on s'aperçoit que son opinion tient lieu de croyance. Or qu'est-ce qu'une croyance ?
« La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité » selon Wikipedia.

En effet, à la manière d'un dogme, peu importe l'attitude que vous adopterez ou les faits que vous avancerez, rien ne fera revenir un thruther sur son opinion. Le jugement est altéré, que l'affaire soit médiatisée ou non, il a la réponse à chacune des situations.
Si les médias n'accordent pas de crédit et évitent de propager la rumeur alors « personne n'en parle, c'est bien que cela cache quelque chose ».
Si les médias reprennent l'information pour l'infirmer « si ce n'était pas vrai, "ils" ne se donneraient pas la peine de démentir ».

 

Pourquoi ce type de raisonnement ? Comment fonctionnons-nous et quelles sont les clés pour conserver notre libre arbitre ?

« L'esprit critique ne s'use que si l'on ne s'en sert pas ! »

 

Peut-on lutter contre une croyance ?

Il convient de rappeler que la langue française n'a qu'un seul mot pour distinguer deux termes bien différents :

  • l'acte de foi (« faith » en anglais) : qui est tenu pour acquis par celui qui croit et qui n'a nul besoin de preuve comme l'authenticité du Suaire de Turin ou la liquéfaction du sang du Christ pour pratiquer sa religion.
  • l'adhésion à une thèse en fonction de ses propres connaissances (« rational belief » en anglais) : une opinion que la personne s'est forgée d'après sa propre expérience.

 

Autant contre la première définition, il serait inapproprié de proposer une mise à l'épreuve scientifique, autant pour la seconde, on peut établir des faits réfutables. Et c'est bien dans ce second sens du mot croyance qu'est abordé le sujet des théories du complot. Nous allons donc vous livrer les clés pour trouver vous-même les informations qui vous permettront de démonter telle ou telle affirmation conspirationniste de manière scientifique.

 

Pour plus d'information sur cette question épistémologique, vous pouvez visiter le site de notre partenaire : CorteX, Esprit critique et sciences.

 

Petit cours d'auto-défense intellectuelle et présentation des outils à notre disposition.

 

Ce qu'il est important d'assimiler, c'est qu'un très grand nombre d'experts dans différents domaines ont mené l'enquête. Des personnes dont le travail est reconnu, dont l'expertise ne peut être remise en cause et agissant de manière totalement indépendante.

 

La zététique rase gratis !

Voici donc des outils faciles d'utilisation pour pouvoir vous forger votre propre opinion en déjouant les pièges de l'information.

  • Le rasoir d'Ockham (ou d'Occam) qui ne privilégie pas les hypothèses les plus simples mais les moins « coûteuses » intellectuellement. Il est également appelé principe d'économie ou principe de parcimonie. N'est-il pas préférable de penser que les attentats du 11 septembre résultent d'une attaque terroriste plutôt que d'un complot gouvernemental ayant sacrifié des concitoyens, impliquant des milliers de personnes (témoins), à l'aide de technologies très sophistiquées et capable de faire disparaître deux avions (Pentagone et Shanksville).
  • Le rasoir d'Hanlon dont la loi s'énonce ainsi : « Ne jamais attribuer à la malignité ce que la stupidité suffit à expliquer. »

 

Facettes et effets de la zététique appliqués aux théories du complot.

C'est grâce à la zététique (l'art du doute) et ses facettes et effets que nous allons pouvoir déjouer les techniques des conspirationnistes pour nous attirer dans leurs filets.

 

Ce sont des fautes de raisonnement courantes qu'il faut savoir déceler pour pouvoir réfuter des explications de fond sans être perturbé par la forme.
Voici les principales facettes - ou règles d'or - à (re)connaître dans un contexte conspirationniste :

  • « Vérifier la cohérence »
  • « Les anomalies ne sont pas un fondement »
  • « L'inexistence de la preuve n'est pas la preuve de l'inexistence »
  • « Un scénario n'est pas une loi »
  • « La bonne foi n'est pas un argument »
  • « Le bizarre est probable »
  • « L'origine de l'information est fondamentale »
  • « La compétence de l'informateur est également fondamentale »
  • « La force d'une croyance peut être immense »
  • « La charge de la preuve appartient à celui qui affirme »

 

Avec quelques effets, bien utiles dans une démarche scientifique :

  • effet boule de neige : comment des bribes de témoignages sont instrumentalisées par les truthers (une explosion devient un explosif par exemple).
  • effet escalade : il faut tirer les leçons de ses erreurs et ne pas persévérer dans l'erreur comme le font certains qui cherchent une nouvelle explication après une réfutation.
  • effet bi-standard : un double discours en fonction de la situation (cf. l'attitude du conspirationniste quand les médias en parlent ou pas).
  • effet petits ruisseaux : par de petites erreurs disséminées ça et là, les conspirationnistes aboutissent à une théorie fleuve.
  • effet bipède : confondre l'effet et la cause, la chute libre et la démolition contrôlée = l'histoire de l'œuf et la poule ramenée à la conspiration.
  • effet cerceau : admettre au départ ce que l'on souhaite prouver à l'arrivée, les thèses conspirationnistes ont souvent pour point de départ l'hypothèse d'un complot gouvernemental.
  • effet puits : avoir de beaux discours mais creux (au sens « vides ») comme Dario Fo qui gesticule beaucoup mais ne prouve rien.
  • effet impact : utiliser des mots chocs pour captiver le spectateur et l'emprisonner dans un schéma de pensée.
  • effet paillasson : faire un choix trompeur des mots comme fumée « pyroclastique », terme de vulcanologie inapproprié mais utilisé par les truthers pour faire passer un message de feu et de chaleur pour justifier de manière sous-jacente leur théorie de démolition contrôlée utilisant des explosifs.

 

(D'après Jérôme Quirant)

 

En espérant vous avoir fourni des clés utiles pour le décodage de l'information et la manière d'appréhender les théories alternatives qu'Internet ne manquera pas de vous proposer à l'avenir.

 

Pour en savoir plus :

 

Livres et revues :

Dossier réalisé par

Nico

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Mise en ligne :

13 Octobre 2011

Dernières mise à jour :

22 Août 2014